Ma seconde tentative pour comprendre Doomed Megalopolis.
Il y a quelques années, alors que je prenais le bus chaque
jour pour aller travailler, je regardais des séries pour tuer le temps. À
l’approche de l’Halloween, j’ai décidé d’adopter un vieil anime obscur, oublié
et mal aimé : Doomed Megalopolis.
Je me souviens avoir beaucoup aimé son atmosphère, sans rien
y comprendre en fait, pour être honnête. Peut-être était-ce tout simplement parce
que je n’étais pas assez attentif, dans ce contexte bruyant où je devais sans
cesse interrompre le visionnement?
Avec du recul et à tête reposée, j’ai décidé de revisiter
cette courte série récemment, persuadé que j’allais enfin comprendre, et ce,
sans trop d’efforts.
I was
fucking wrong.
L’histoire commence en 1907, alors que Kato, un mystérieux
homme en costume d’armée, tente de réveiller Masakado, un dieu censé protéger
Tokyo, pour que la colère de la divinité se déchaîne sur la ville.
Son plan échouant, il se tourne vers Yukari, une femme issue
d’une lignée de mystiques, dans l’espoir de la corrompre, de mettre fin à la
course du Japon vers la modernité et de ramener la nation à son état originel,
où le sacré dominait chaque aspect de la vie.
Ça paraît simple dit comme ça… mais pour vraiment
comprendre, il faut lire entre les lignes et faire des pauses aux cinq minutes, et encore !
En parallèle, les autorités civiles font appel à un
exorciste. Avec ses assistants, ce dernier affronte Kato dans une scène qui
semble plus épique qu’elle ne l’est en réalité. L’intensité est accentuée par
la trame sonore et le décor sombre de l’anime, mais, dans les faits, il ne se
passe pas grand-chose.
Et c’est entre autres ça, Doomed Megalopolis : de
nombreuses scènes donnent l’impression qu’un événement d’une importance
capitale va se produire… mais ce moment tarde à venir. Cela a eu pour effet de
décevoir les fans occidentaux auxquels on leur avait promis un anime plein de
scènes actions.
Par exemple, on voit un groupe d’enfants tournoyer autour
d’une petite fille en chantant, ce qui rappelle certaines scènes du film Freddy
Krueger. On aperçoit aussi un vers dégoûtant vomi de la bouche d’une femme
incapable de respirer, ou un autre personnage se faisant projeter mentalement
dans les profondeurs en dessous la ville. Ces scènes n’ont pas toujours de sens au
niveau narratif, elles sont plutôt là pour créer une atmosphère terrifiante. Enfin,
je crois.
Ou peut-être est-ce plutôt pour créer un certain mystère,
une confusion voulue dans l’intrigue? Et j’avoue que si c’est le cas, ça
fonctionne très bien.
Au lieu de miser sur la violence pure, Doomed
Megalopolis s’attarde surtout à l’horreur psychologique. L’idée n’est
pas de voir les personnages finir dans un bain de sang ou recroquevillés sur
eux-mêmes, mais de maintenir une tension constante, de créer une atmosphère,
parfois terrifiante, sans jamais tomber dans la surenchère. Et c’est sans doute
ce qui rend cet anime si cool.
Mais en même temps, Doomed Megalopolis regorge de
références au bouddhisme, à des figures historiques et à des concepts ésotériques.
Même pour un public japonais, immergé dans sa propre culture, l’anime n’est pas
réputé pour sa clarté. Alors imaginez pour nous, pauvres néophytes, fans
d’anime sans la moindre clé de lecture et surtout sans accès au roman original,
qui contient de nombreux détails cruciaux à la compréhension de l’intrigue!
Enfin, autre élément intéressant à souligner : le récit
s’étend sur plusieurs décennies. En toile de fond, et toujours lié à
l’antagoniste principal, on retrouve le grand tremblement de terre de Tokyo,
puis la mort de l’empereur, qui marquent l’entrée du Japon dans une ère plus
sombre. Certains personnages meurent ou sombrent dans la folie, d’autres
vieillissent ou disparaissent, pendant que de nouveaux visages entrent en
scène.
La ville, elle, continue de se transformer : on planifie le
métro et on consulte un maître du feng shui pour équilibrer les flux d’énergie.
Entre temps, une enfant portant un étrange héritage naît et grandit, et une
exorciste inflexible, déterminée à protéger Tokyo, fait son entrée… Tout bouge,
tout se modernise.
Une seule chose ne change pas : Kato. Immuable, il cherche
inlassablement à faire dérailler les ambitions de la capitale moderne, à
restaurer un Japon ancien, mystique, qu’il veut ramener à la vie. Et pour peu
qu’on connaisse l’histoire, on sait déjà comment ce récit se terminera : à
l’inverse du film d’horreur classique, où le méchant triomphe presque toujours,
ici l’antagoniste est condamné à perdre, écrasé par les roues de l’histoire en
marche. Mais ce n’est pas sans entraîner quelques malheureux avec lui, dans sa
chute…
Bien entendu, tout cela nous est livré à travers un
enchaînement de scènes plus ou moins cryptiques, où les personnages prononcent
des noms de familles et de concepts aussi difficiles à prononcer qu’à retenir. Mais malgré cette
bouillie scénaristique, que je ne crois pas totalement volontaire, j’ai
accroché.
L’atmosphère mystérieuse, qui se dégage au fil des épisodes, est parvenue à me captiver. Et tant pis si je ne suis pas sûr que mon interprétation soit la bonne ! Il est toujours possible de réécouter les épisodes…
Alors, si vous faites partie de ceux qui n’ont pas du tout compris un anime comme le deuxième film de Ghost in the Shell, et que, tout comme moi, vous avez été assez idiots pour l’apprécier malgré tout, il y a de bonnes chances que la poudre aux yeux de Doomed Megalopolis vous séduise… et que vous redemandiez qu’on vous en jette encore au visage. N’hésitez donc pas : soyez masochistes et plongez dans la mégalopole maudite !





