Vous souvenez-vous de votre premier anime?
Quand j'étais tout petit, je regardais les dessins animés du samedi matin. C'était le cas de la plupart des enfants de mon âge, sauf qu'en ce qui me concerne, j'affectionnais particulièrement les chaînes anglophones. C'est pourquoi j'ai connu Tales from the Crypt, SWAT Kats et BattleTech. Je ne comprenais rien ou presque, mais cela ne me dérangeait pas. J'adorais m'évader dans ce monde exotique qui appartenait à moi seul et c'est la seule chose qui comptait.
Je regardais également les même dessins animés que mes camarades de classe, mais j'étais peu fidèle au poste. Que ce soit Garfield, Les Tiny Toons, La bande à Picsou, Boumbo, Sport Billy, Bibifoc ou même les productions de qualité telles que Les mystérieuses cités d'or, Sous le signe des Mousquetaires et Lady Oscar, je n'étais pas friand des dessins animés à la télévision québécoise. Quand je voyais ces émissions, c'était davantage par habitude que par intérêt...
Rapidement, j'ai vieilli. Au tout début de mon adolescence, j'ai appris qu'il était « immature » de visionner des dessins animés. Du moins c'est ce que tout le monde disait, alors ça devait être vrai! Je suis progressivement entré dans le moule et j'ai fini par cesser de regarder ces émissions « pour enfants ». En fait, il y avait quelques exceptions comme Les Simpson et South Park, car c'était cool et à la mode selon les élèves de mon école. Ah puis aussi, j'écoutais la version animée de Highlander dans le milieu de la nuit vers l'âge de quatorze ans. Mais ça, c'était juste parce que je n'avais pas les vrais films sous la main. Et de toutes façons, je ne le disais à personne. Mon honneur était sauf...
Puis est arrivé mon fameux cours d'atelier d'écriture de quatrième année du secondaire, où mon professeur a mentionné une émission « vraiment nulle » qui mettait en scène une « petite fille » avec une baguette magique.
Le samedi suivant, alors que je me reposais dans mon lit, ce qu'avait dit mon enseignant me revint à l'esprit. Souhaitant me marrer, j'ouvris la télévision et je décidai de regarder cette émission juste un peu, question de voir. De la simple curiosité... Ça s'appelait Sailor Moon ou quelque chose comme cela, m'avait-on dit. Je ne me souviens pas exactement de quel épisode il s'agissait, mais il y avait tout plein de filles qui discutaient ensemble. Elles étaient assez jolies et dans des beaux uniformes en prime. Elles avaient à peu près mon âge, ou sinon un peu plus jeunes, pensais-je. Puis soudainement, ma mère interrompit le fil de mes pensées en entrant dans ma chambre sans prévenir.
En passant, ne faites jamais cela à un adolescent. Sa chambre, c'est son espace intime, son temple sacré! Maintenant que c'est précisé, revenons à l'histoire... Alors que ma mère jetait un coup d'oeil sur mon écran, je m'empressai de prendre la télécommande et de fermer le téléviseur. Et je fis cela pour quelle raison en fait? Je ne savais pas trop, mais quoi qu'il en soit, elle semblait ne pas tenir compte de ce qui venait de se passer. Donc mon but était atteint. Sauf qu'elle commença à me parler de je ne sais plus trop quoi. Je regardai l'heure: l'émission allait se terminer bientôt, elle était toujours là et j'allais rater la fin. Je n'étais pas du tout de bonne humeur. Mais pourquoi exactement?
Je n'avais pas vraiment la réponse à cette question à ce moment là. Quand je rallumai le téléviseur alors que ma mère avait enfin quitté les lieux, c'était une autre émission. La semaine suivante à l'école, j'avais pris la peine de dire à des camarades que j'étais tombé « par hasard » sur Sailor Moon et je leur fis savoir jusqu'à quel point que c'était ridicule... pour m'empresser le samedi suivant d'écouter le prochain épisode! Puis ce petit jeu continua pendant des semaines. Il y avait un petit quelque chose d'incompréhensible qui m'intéressait et je ne pouvais m'empêcher de me rendre en secret à ce rendez-vous hebdomadaire...
Non, ce n'était pas les jolies filles en uniforme ! Ou si c'était elles d'une certaine façon, néanmoins ce n'est pas dans le sens que vous pensez! J'avais seize ans à l'époque et ça faisait quatre ans que j'étais passionné par les jeux de rôles sur consoles. Celui que je préférais par-dessus tout était Final Fantasy VI. J'aimais tout de ce jeu: le système de combat, l'histoire, les graphiques, les musiques et bien entendu les personnages. À ce propos, j'ai particulièrement apprécié incarner Terra au tout début du jeu, pour ensuite prendre le relais avec Celes dans la deuxième moitié. Jusqu'à ce moment, je ne connaissais que des jeux dans lesquels les personnages principaux étaient des hommes ou des garçons. Jouer des rôles féminins m'avait plus plu que je ne l'aurais imaginé...
Alors pour revenir à Sailor Moon, le fait que les protagonistes soient presque toutes des filles ne me dérangeait pas du tout. Au contraire, je trouvais que ça faisait changement de l'univers entièrement masculin dans lequel je baignais. Cela satisfaisait une certaine curiosité chez moi. Et de toutes façons, ce n'était pas comme si c'était la première fois. J'avais déjà joué Terra et Ceres. Mais en même temps, c'est la raison pour laquelle je me cachais pour écouter ce dessin animé et que j'étais dans le déni. C'est qu'à l'époque, ce n'était pas bien vu pour un garçon d'apprécier quelque chose qui était « fait pour les filles ».
Quoi qu'il en soit, je continuais peu à peu de découvrir cet anime. Il était question d'amitié entre filles et de combats dans lesquels elles utilisaient des pouvoirs magiques qui étaient - figurativement - roses pétants! Le girl power quoi! Et en plus de cela, il y avait un côté mignon au design, puis un certain aspect exotique qui se dégageait de cette oeuvre du pays du soleil levant. Bref, c'était tout nouveau, tout beau! Mais je n'étais pas au bout de mes surprises... Dans un épisode de la seconde saison, le petit ami du personnage principal décide soudainement de rompre avec elle. Non seulement ce dessin animé était différent des autres, mais il y avait de la romance et des thèmes matures...
J'étais très heureux et surpris de découvrir cette facette de Sailor Moon. Mais malheureusement, ma joie fut de courte durée. Peu de temps après cet épisode, l'émission fut retirée des ondes sans préavis. Je ne comprenais pas pourquoi on avait arrêté une série au beau milieu de l'histoire. J'aurais pu chercher en ligne pour avoir plus d'informations à ce sujet, mais à l'époque au Québec, l'Internet n'en était qu'à ses balbutiements. Et je n'avais de toutes façons accès à aucun ordinateur. Je me contentais de consulter l'horaire télé qui était publié une fois par semaine dans les journaux papier, dans l'espoir de voir réapparaître quelque part mon héroïne préférée. Mais à chaque fois, c'était la grande déception...
Avec le temps, j'abandonnai cette idée et je retournai à mes anciennes passions, les jeux de rôles. De toutes façons, il fallait que je me concentre sur la vraie vie. En effet, j'arrivais à l'âge auquel il fallait choisir un programme d'études pour mon avenir professionnel. Or, le jour de familiarisation dans l'institution post secondaire que j'avais choisie, je fis une visite imprévue du département informatique en compagnie d'un ami quelque peu insistant. Et contre toute attente, je décidai de m'orienter vers le domaine de l'informatique. Les mois suivants, je travaillai très fort afin d'accumuler l'argent qui allait me servir à me payer mon tout premier ordinateur qui serait utilisé pour mes futurs cours...
J'ai pu l'avoir tout juste pour Noël, question de me laisser le temps de me familiariser pour l'automne suivant où je devais débuter mes études. En peu de temps, ce noble outil de travail se transforma en station de divertissement. Je passais une bonne partie de mon temps sur des sites à propos des jeux vidéos et des émulateurs. Et puis un jour, je suis tombé sur une page qui parlait de cette émission que j'avais presque oubliée. L'histoire à partir de là est longue, alors je n'irai pas dans les détails. J'ai fréquenté le Fan Club de Sailor Moon et j'ai fait partie de l'organisation Save Our Sailors Québec, où j'ai rencontré celle qui est devenue plus tard la femme de ma vie. Aussi, pour me récompenser à la fin de mes études en informatique, je me suis acheté le manga de Sailor Moon...
Au fil du temps, j'ai élargi mes horizons et j'ai découvert d'autres oeuvres. En plus, j'ai rencontré des gens qui s'intéressaient à l'animation japonaise. Nous avons même formé un club anime maison ensemble. Aussi, mon intérêt pour la romance dans les animes et mangas, encore très fort aujourd'hui, est né à peu près à cette époque. Idem pour la fascination que j'ai toujours pour les magical girls. Qui plus est, j'avais déjà un faible pour le médiéval fantastique et pour la science-fiction. Or, le fait de découvrir l'animation japonaise m'a permis de connaître de nouvelles oeuvres qui correspondaient à ces intérêts spécifiques. En d'autres mots, une nouvelle passion était née chez moi et elles avait de multiples facettes . Et pourtant, la première fois que j'ai vu un épisode de Sailor Moon, je ne me doutais pas où que ça allait me mener aussi loin! Depuis, il s'est passé un quart de siècle et bien des choses ont changées. Mais malgré le temps qui passe, j'aime toujours Sailor Moon et les animes en général. Je suis prêt pour les vingt-cinq prochaines années et je m'assume totalement, quoi qu'en pensent les autres. Merci à la « petite fille » à la baguette magique!




