Vous souvenez-vous de la série Revolutionary Girl Utena?
Il y a vingt ans, je ne lisais que des éloges à propos de Revolutionary Girl Utena. Compte tenu qu'il y avait certains éléments de magical girl, cette oeuvre avait attiré mon attention. Quand j'ai vu qu'il y avait une version en bande dessinée, je me suis empressé de me la procurer. J'irai droit au but: je n'ai pas du tout été impressionné. Je n'ai pas compris grand chose à l'histoire et je trouvais que ça allait un peu n'importe où. Certains diraient que c'est moi qui n'était pas assez doué pour saisir le génie du scénario à l'époque. Probablement. Mais ça ne changeait rien pour moi. J'avais été déçu. Et de toutes façons, je préférais de loin les magical girls mainstream tels que Sailor Moon et Card Captor Sakura...
Ceci dit, en deux décennies, beaucoup de choses ont changées. Mon intérêt pour les magical girls est devenu de plus en plus fort. Également, j'ai eu l'occasion de visionner plusieurs oeuvres surréalistes que j'ai adorées, incluant celles du même créateur, Kunihiko Ikuhara, soit Mawaru Penguindrum et Yuri Kuma Arashi. Bref, tous les ingrédients étaient là pour que Revolutionary Girl Utena devienne l'un de mes animes favoris. Mes goûts ayant évolués, j'ai décidé de laisser une seconde chance à ce titre, en essayant cette fois-ci la série. Malgré tout, ça m'a pris un certain temps à me motiver. Trente-neuf épisodes, c'est long! Et en plus, j'avais peur de ne pas aimer cette série par la faute du souvenir que j'avais du manga. J'ai donc entamé cet anime avec une certaine appréhension, mais aussi avec une ouverture d'esprit...
Et une fois rendu à la fin, je n'étais pas plus avancé que vingt ans auparavant. En effet, après avoir visionné la série, je n'étais toujours pas en mesure de dire si cet anime me plaisait ou non. À chaque fois que j'y pensais, il y avait de la brume dans mon esprit. J'avais l'impression de beaucoup aimer certains passages, mais d'en détester tout autant d'autres. Au final, je ne savais trop où je me situais par rapport à cette oeuvre dans son ensemble. Cela fait un mois que je repousse l'écriture de ce texte. Mais maintenant, tout est un peu plus clair dans ma tête. Alors sans plus tarder, commençons par un résumé de l'histoire. Attention, à partir d'ici il y aura des tonnes de spoilers!
Il y a quelques années, Utena a perdu ses parents dans un accident. Alors qu'elle était désespérée, un prince l'a réconfortée. Avant de partir, il lui a donné une bague orné de l'emblème d'une rose. Impressionnée, la jeune fille a décidé à partir de ce jour... de devenir elle-même un prince! Six ans passent et Utena intègre la Ohtori Academy. Un jour, grâce à sa bague et par un concours de circonstances, l'adolescente se retrouve mêlée à d'étranges duels mettant en scène des membres du conseil étudiant. Ces affrontements ont pour but de déterminer un vainqueur, celui qui deviendra le fiancé de la mariée de la rose et qui obtiendra le pouvoir de révolutionner le monde. Pour quelle raison est-ce ainsi? Qu'est-ce qu'on entend par révolutionner le monde? Aucun détail n'est fourni et même à la fin, on ne répond pas clairement à ces questions...
En écoutant cette série, on réalise rapidement qu'on utilise une formule plutôt répétitive. À chaque épisode ou presque, on raconte l'histoire d'un personnage en particulier. Au début, il s'agit surtout des membres du conseil étudiant. Mais plus on progresse, plus on apprend à connaître les gens qui gravitent à l'entour de ces derniers. Les différentes histoires n'ont pas ou peu de liens entre elles. Au lieu de voir un tout interrelié se construire devant nos yeux, on reste surtout dans l'intrigue hebdomadaire avec une histoire de fond qui progresse à pas de tortue. C'est un format qui fait penser à Sailor Moon, un anime auquel Ikuhara avait contribué quelques années avant Utena. En effet, il a été le directeur du film Sailor Moon R: The Promise of the Rose et il a dirigé plusieurs épisodes de la troisième saison, plus spécifiquement quelques uns qui mettent en scène le couple lesbien Haruka × Michuru...
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Si j'amène cet élément ici, c'est pour faire une parenthèse. Quand on connaît le parcours de Ikuhara, il est facile de voir que la relation qu'il y a entre Utena et Anthy est inspirée de celle entre Haruka et Michuru. Nous avons dans les deux cas un couple où une des filles a un rôle masculin et l'autre, un rôle féminin. La différence dans Utena, c'est que les deux filles ne sont pas techniquement lesbiennes. Elles sont bisexuelles. Leur couple est ouvert. En effet, elles regardent toutes les deux de leur côté, car leur union en est une de convenance et non d'amour. Du moins c'est le cas au début. Aussi, leur relation est sous-entendue. Ikuhara a confié dans une entrevue qu'à l'origine, ce qui se passe entre Utena et Anthy devait être explicite. Cependant, parce qu'un membre de la production s'y opposait , il a fallu en mettre un peu moins que ce qui était prévu. Cela fut toutefois corrigé dans la version cinématographique. Également, un autre élément qui découle de Sailor Moon, c'est la présence d'hommes homosexuels. Dans le film Sailor Moon R, les sentiments de Fiore envers un autre garçon, Mamoru, sont ambigus. Plusieurs voient cela comme un amour homosexuel à sens unique. Dans Utena, les hommes ne sont pas amoureux les uns des autres en tant que tel, mais plusieurs d'entre eux font des poses sexy, se promènent torse nus et se prennent mutuellement en photos suggestives, et cela de façon répétée. Ce n'est pas du tout comme dans Sailor Moon, mais le lien à faire, c'est l'intérêt du directeur pour les relations hors normes, surtout entre des personnages de même sexe...
Je termine ma parenthèse en parlant de deux oeuvres shojo qui ont influencé Revolutionary Girl Utena. Toutes les deux ont été créés par Riyoko Ikeda, une mangaka que Ikuhara lisait lorsqu'il était petit. La première est The Rose of Versailles. Elle met en scène le Oscar, la fille d'un général que l'on a élevée comme un garçon afin qu'elle succède à son père dans la garde royale. Utena ressemble à plusieurs égards à Oscar, autant dans le rôle masculin qu'elle incarne que dans les sentiments amoureux qu'elle ressent malgré sa situation. Aussi, dans Revolutionary Girl Utena, il y a cette une fontaine qui ouvre sur un passage secret qui mène à la tour des duels, ce qui n'est pas sans rappeler la fontaine de Versailles. On peut aussi penser à l'omniprésence des roses dans Utena, que ce soit dans le décor, sur les bagues des duels ou même les roses dessinées grossièrement qui apparaissent par moments par-dessus le dessin animé lui-même, ce qui réfère au titre du manga culte de Ikeda et à son symbolisme sous-jacent. Enfin, il est question de révolutionner le monde, ce qui fait référence à la Révolution française dans The Rose of Versailles. En ce qui concerne l'autre oeuvre, Brother, Dear Brother, il s'agit d'un manga shojo dans lequel on suit les codes du genre littéraire class S. On y présente des personnages qui ont leurs lots de difficultés. On illustre des problèmes sérieux - notamment l'obsession amoureuse, la manipulation, la cruauté et l'inceste et cela est très lourd. Il est facile de faire le parallèle avec les thèmes abordés dans Utena, même si le contexte et les personnages sont différents. La principale différence, c'est qu'on ajoute du symbolisme et des duels pour envelopper une histoire qui serait autrement un mélodrame...
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Pour revenir à la structure narrative de Revolutionary Girl Utena, vers la fin d'un épisode typique, Utena se rend dans une tour cachée. Pendant l'ascension, il y a une séquence musicale suivie d'une sorte de scène de transformation. J'adore ce moment! Il y a un petit quelque chose de magique et je ne m'en lasse jamais. Haut dans le ciel, il y a un château à l'envers. Le duel, qui a un lien avec ce qui s'est passé dans l'épisode, commence alors. Techniquement, les combats ne sont pas très impressionnants. Toutefois, on entend une chanson qui vient ajouter de l'intensité à l'atmosphère des affrontements. Il y a quelques artifices visuels qui compensent pour ce que j'ai perçu comme un manque de budget. Enfin, Utena gagne la plupart du temps et on passe à l'épisode suivant.
En tout, la série s'étend sur quatre arcs narratifs distincts. Je n'entrerai pas dans les détails, mais disons que j'avais l'impression que l'on étirait la sauce et que l'on ne savait pas toujours où on allait. En particulier, il y a un des arcs qui contient plus d'une dizaine d'épisodes qui se terminent en queue de poisson, avec une fin du type « finalement, rien de tout cela ne s'est jamais passé! ». Quand c'est arrivé, j'ai extrêmement été déçu et je me suis demandé pourquoi j'avais regardé tous ces épisodes. Certains étaient mes préférés, alors ce n'était pas une perte totale de temps. Toutefois, le fait de gaspiller toute cette progression de personnages m'a laissé un goût amer dans la bouche...
Et justement, parlant des personnages... Pour moi, les personnages sont un des éléments les plus importants dans une série. C'est d'autant plus vrai quand le scénario est difficile à comprendre, comme ce fut le cas pour ce présent anime. Et même quand les personnages ne sont pas si bien écrits, si je m'y attache un tantinet soit peu, j'ai le pardon facile. En d'autres mots, je ne suis pas trop exigeant. Toutefois, il doit y avoir quelque chose qui m'incite à écouter de nouveaux épisodes, car sinon je risque d'avoir beaucoup de difficulté à passer à travers une série. Et c'est encore plus le cas si cette dernière est longue...
Commençons avec la protagoniste Utena. C'est une adolescente avec de multiples facettes. Tout d'abord, elle s'assume. En effet, elle s'habille en garçon et malgré les remontrances d'une enseignante et de l'instance de certains autres personnages pour qu'elle soit plus féminine, elle finit toujours par faire à sa tête. Malgré cela, dans son for intérieur, elle rêve de vivre une romance avec son prince charmant... tout en restant elle-même! Elle a bien d'autres qualités - tels que son courage et son sens de la justice - et elle en fait la démonstration tout au long de la série. Mais aussi, elle a ses failles. Elle est un peu naïve et elle se laisse facilement berner par les hommes, surtout quand elle pense que l'homme en question est en réalité le prince qu'elle a rencontré pendant son enfance. Elle a des principes forts, mais quand elle est aveuglée par l'amour, elle est prête à y renoncer. Bref, c'est un personnage nuancé et pour cette raison, je l'apprécie beaucoup.
Mais à elle seule, elle ne peut compenser pour les autres. En premier lieu, regardons les trois principaux protagonistes masculins. Il y a d'abord Saionji. Dans une des premières scènes où on le voit, il frappe Anthy au visage de façon totalement gratuite. Il n'a aucun respect pour la gente féminine, en particulier pour Anthy qu'il considère comme un objet. Je le déteste. Ensuite, il y a Touga. Ce dernier est plus doux et charmant. Mais tout cela n'est qu'une facette. Il n'hésite pas à manipuler les autres pour obtenir ce qu'il désire. Aussi, c'est un coureur de jupons. Malgré ses défauts, il ressent un amour sincère pour Utena, dont il se soucie plus qu'il ne paraît. Je ne suis pas fan de lui, mais en raison de ce qu'il ressent pour Utena, je ne peux me résoudre à le détester. Et enfin, il y a Akio. Lui, c'est Touga puissance mille. Il agit à titre de président de l'école et il est dans la vingtaine, voire dans la trentaine. Il a des rapports sexuels avec la mère de sa fiancée, avec des élèves probablement des deux sexes et même avec sa propre petite soeur, Anthy. Même Touga ne va pas jusque là. Il est extrêmement manipulateur et dangereux. Et devinez quoi? Utena tombe en amour avec cette ordure pourrie jusqu'à la moelle. Pour ma part, je ne me souviens pas avoir autant abhorrer un personnage que lui!
Donc si je résume grossièrement, ces hommes sont à quelques nuances près soit violents, soit manipulateurs. Et même si certains éléments expliquent pourquoi ils sont ainsi, je n'ai jamais réussi à me connecter à ces derniers, sauf peut-être à Touga à un certain point. Mais ce ne sont pas les seuls exemples masculins. Il y a Miki, un jeune homme doué au piano qui a un caractère plutôt doux et une allure quelque peu féminine. Sa personnalité est très ordinaire, mais au moins il ne se conduit pas aussi mal que les autres garçons...
Enfin, il y a un dernier personnage masculin dont je souhaite parler. Il s'agit de Mikage, un jeune homme qui est à la tête d'un séminaire dans l'enceinte de la Ohtori Academy. Dans la deuxième partie de l'histoire, Mikage reçoit dans son confessionnal des gens qui lui confient leurs tourments intérieurs. Il les fait parler jusqu'à ce qu'ils craquent et qu'ils finissent par accepter de devenir des duellistes de la rose noire. Son but est d'assassiner Anthy afin de transformer Mamiya, un garçon, en mariée de la rose. Mikage fait cela parce qu'il pense que ça sauvera le jeune homme, qui est le petit frère de la femme qu'il aime, Tokiko. Pour être franc, j'aime bien cet antagoniste, beaucoup plus que les autres hommes. Qui plus est, grâce à lui, on en apprend beaucoup sur les nombreux personnages. Et en ce qui concerne les scènes dans le confessionnal, je les ai adorées. Ce sont les moments que j'ai préféré, car ils sont très chargés psychologiquement, autant par ce que disent les personnages que par le visuel de l'espace restreint qui rend presque claustrophobe. Malheureusement, cet arc narratif est rayé de la carte et on apprend à la toute fin que c'était Akio qui tirait les ficelles, afin d'amener les duels au niveau suivant. S'ensuit la perte de mémoire d'à peu près tout le monde, comme si rien ne s'était jamais passé. Pour sa part, Mikage disparaît et n'est plus jamais revu. Cela m'a mis en rogne!
Pour ce qui est des filles, il y a d'abord Anthy, la mariée de la rose que tout le monde veut contrôler. Elle est très passive et soumise. Et cela m'a beaucoup déplu, car je souhaitais tellement qu'elle se prenne en main! Elle change au fil du temps, mais pas nécessairement pour le mieux. Je pense entre autres aux libertés qu'elle finit par se donner en dehors de son rôle de mariée de la rose... qui revient grosso modo à être soumise sexuellement à son frère Akio! Je ne la déteste pas, mais je ne l'aime pas non plus. J'aurais préféré qu'elle ne se laisse pas autant dominer. Ça m'a frustré de la voir dans ce rôle, celui de la femme qui n'a aucun pouvoir. Je sais, c'est probablement l'intention de cet anime que de nous faire ressentir ce qu'est être une femme dans une société contrôlée par des hommes. Mais cela m'a vraiment rendu inconfortable. Mais je comprends pourquoi le créateur a écrit ce personnage de cette façon. Vers la fin, il y a un revirement par rapport à Utena et Anthy. Tout au long de l'histoire, on nous laisse croire qu'Utena est devenu un prince parce qu'elle a été impressionnée par un autre prince qui l'a consolée lorsqu'elle était enfant. D'ailleurs, elle ne cesse d'attendre son prince charmant, croyant d'abord qu'il s'agit de Touga, puis ensuite d'Akio. Mais voilà que ses souvenirs enfouis finissent par revenir. Quand elle était toute petite, elle a fait la rencontre d'Anthy, qu'elle a vu subir des douleurs atroces, prisonnière d'une malédiction. En présence du prince qu'elle a rencontré, inspirée, elle s'est promise de devenir elle aussi un prince, afin de sauver Anthy un jour. Et c'est là que l'on voit la puissance de cet anime. Les femmes n'ont pas besoin de sauveurs, elles peuvent se libérer elles-mêmes. C'est ce qu'Utena a fait avec sa propre personne en décidant de changer. Aussi, c'est ce qu'elle tente de faire avec Anthy, en cherchant à l'émanciper...
Ensuite, il y a Nanami. Il s'agit de la peste de service. Elle ressent une obsession amoureuse pour son frère Touga et elle s'en prend à toutes celles qui tentent de s'en rapprocher. Mais elle le fait rarement directement. Elle se sert d'autres filles qui sont sous son contrôle, afin de ne pas se salir les mains et de ne pas ternir sa réputation. Aussi, elle est le personnage comique de l'anime. Il lui arrive tout plein de choses étranges et ses plans machiavéliques sont rarement des succès. Pour ma part, je ne l'ai pas trouvée drôle et je n'ai pas tant aimé les épisodes fillers dont elle était le personnage principal. Je pense entre autres à cette fois qu'elle s'est métamorphosée en vache parce qu'elle portait un collier avec une cloche au cou. Il y a un autre épisode où elle accouche d'un oeuf et qu'elle pose des questions aux autres filles pour savoir si cela leur est arrivé. S'ensuit une avalanche de quiproquos qui font penser... aux premières menstruations! C'était trop étrange à mon goût! Je n'ai jamais compris ce que ce type d'humour faisait dans cette oeuvre. Mais là, je m'égare! Comme l'anime...
Pour revenir aux personnages, il y en a un dans le lot que j'ai beaucoup aimé. Il s'agit de Jury, la capitaine du club d'escrime. Il y a quelques années, elle avait deux amis, Ruka et Shiori. Or, de la façon que l'histoire est racontée, on a l'impression que la fille, Shiori, a volé le coeur du garçon que Jury aimait, Ruka. Mais en réalité, c'est encore plus cruel. Jury était en fait amoureuse de Shiori, mais cette dernière a toujours ressenti du mépris et de la jalousie envers elle. Elle a décidé de sortir avec Ruka dans le but de blesser son amie. Jury a eu le coeur brisé. Qui plus est, elle a souffert en silence. Mais malgré cette situation, jamais Jury n'est devenue une mauvaise personne. Au contraire, elle a toujours une conduite honorable et elle ne manigance jamais dans le dos de quiconque. Personnellement, c'est le personnage auquel je me suis le plus attaché.
Maintenant, revenons à ce je l'ai dit plus tôt. J'ai mentionné que quand il y a des personnages attachants dans un anime, ça fait toute la différence pour moi. Or ici, ceux auxquels je me suis attaché ne font pas légion. Par contre, la vaste majorité d'entre eux sont très bien écrits. Par conséquent, je me suis retrouvé en situation de conflit. D'une part j'aimais en apprendre à propos des personnages, car j'étais curieux et je savais que ça allait être fort intéressant, mais d'autre part je ne me sentais pas émotionnellement interpellé par la plupart d'entre eux. C'est la principale raison pour laquelle j'étais dans le brouillard et que je ne savais pas trop quoi penser par rapport à cette série. Mais une fois le tri fait dans mon esprit, j'ai compris que ce que je n'aimais pas, ce n'était pas tant les personnages. C'est plutôt le fait que ces derniers se battent pour prendre le contrôle d'une femme! Je n'ai pas du tout aimé cela! Mais en même temps, l'histoire est écrite de façon à ce que l'on comprenne que le système de duels est une mauvaise chose. D'ailleurs, le personnage Utena s'oppose à maintes reprises à ces duels avec lesquels elle n'est pas en accord, de même qu'au rôle que l'on impose à Anthy. On montre aussi Anthy intérioriser ce rôle, même en l'absence de ceux qui tentent de la contrôler. Cela rend le tout encore plus encore plus pernicieux. Pour moi, il est évident qu'ici, on fait référence au patriarcat. Et Utena, pour sa part, symbolise le féminisme qui combat ce système injuste. Cela, c'est ce que j'ai vraiment aimé dans cette série, même si par moments c'est pénible!
Donc au final, qu'est-ce que je pense de cette oeuvre? Tout d'abord, elle était très ambitieuse. Il y avait beaucoup d'histoires de personnages à raconter et de thèmes à aborder. Mettre tout cela dans la même série n'était pas une tâche facile. Ikuhara n'avait pas toute l'expérience qu'il a aujourd'hui et les moyens techniques de l'époque étaient plutôt limités. De plus, c'était expérimental et embryonnaire comme projet. Il a donc fallu sortir des sentiers battus. Par conséquent, le résultat n'est pas parfait. On le constate avec les fillers et la qualité visuelle du produit final. Mais il fallait commencer quelque part. Alors quand je me remet dans le contexte des années 1990, je trouve que cette série était très réussie. Malheureusement, lorsque j'étais jeune, tous ces éléments ne m'intéressaient pas. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas tant aimé le manga d'ailleurs, même si les standards étaient moins élevés...
Alors quand j'ai visionné cette série il y a un mois, j'étais dans la situation inverse. J'étais désormais intéressé par les thèmes abordés, mais je connaissais plusieurs animes meilleurs sur le plan technique. De plus, même si le scénario est plus étoffé et les protagonistes sont mieux écrits que dans bien des séries actuelles, la façon de raconter les histoires et de présenter les personnages s'est raffinée au fil du temps. Aujourd'hui, on crée plus de suspense et on utilise moins les fillers. Ou si on s'égare du fil principal, on s'arrange pour que ce soit plus subtil et qu'il y ait un petit lien avec l'histoire principale.
Bref, avec Revolutionary Girl Utena, on se retrouve avec une oeuvre qui a une grande valeur historique. Je pense notamment à sa contribution à plusieurs animes de type magical girl, plus sombres et plus sérieux, qui ont suivis. Toutefois, cet anime est un produit de son époque et ça se voit. À quelques égards, ça fait archaïque. Si on est honnête, on constate que c'est le cas pour plusieurs classiques aussi, que ce soit dans le monde du cinéma, de la littérature, du jeu vidéo ou de l'animation japonaise. Or il y a quelque temps, j'ai visionné la série Revue Starlight, pour laquelle j'ai eu un coup de foudre. Sur plusieurs points, elle ressemble à Utena. Mais compte tenu qu'elle est plus récente, elle surpasse sa prédécesseur sur le plan technique. De plus, l'histoire y est racontée à un bien meilleur rythme. Cependant, les thèmes qui sont abordés sont moins percutants et les personnages n'ont pas du tout la même profondeur que dans Utena. Le fait d'écouter cette série à peu près en même temps que Utena m'a fait réaliser les qualités et les défauts des deux oeuvres. Je sais que ça n'arrivera probablement jamais, mais je serais curieux de voir la série Revolutionary Girl Utena refaite aujourd'hui. En attendant, il me reste toujours le film et le manga à approfondir si ça me chante un jour...




