Avez-vous une console qui ne supporte pas les jeux physiques?
Depuis que je suis tout petit, le fait de posséder une cartouche ou un disque de jeu, avec un boitier, un manuel d'instruction et parfois des extras, fait partie intégrante de mon expérience de joueur et de collectionneur. Je me souviens des longues heures passées à regarder les images et à lire le texte derrières des boîtes de jeu, pour ensuite en choisir un. À chaque fois, je ressentais une excitation à l'idée d'y jouer une fois rendu chez moi. C'est une peu comme, avant de manger, quand on dévore des yeux un repas qui semble succulent.
Avec le temps, les choses ont changées. À un certain moment, les manuels d'instructions, qui jadis illustraient de long en large les personnages des jeux de rôles ou les mouvements possibles dans les jeux de plateforme, par exemple, ont vu leur contenu fondre au soleil. Les instructions étaient de plus en plus textuelles et dans certains cas, la couleur a même disparue. Plus tard encore, les manuels eux-mêmes ont cessé d'être livrés avec le jeu. La technologie évoluant, les tutoriaux se sont retrouvés intégrés aux jeux eux-mêmes.
Pendant tout ce temps se développait un marché de jeux dématérialisés auquel je résistais. Mon principal argument était qu'avec les jeux physiques, j'avais le jeu qui ne dépendait d'aucun fournisseur externe pour rouler correctement. C'était vrai dans les débuts, mais après l'expérience de certains bris physiques de consoles ou de jeux, ma perspective a été mise à rude épreuve. Mais le coup fatal est venu pendant la génération de la PlayStation 4. J'ai acheté certains jeux, dont Final Fantasy XV, dont l'expérience n'était pas du tout la même avec le disque de base. Il fallait télécharger des mises à jour à ne plus en finir avant de pouvoir avoir accès à tout le contenu. Alors même si j'avais le disque physique, je ne possédais pas le jeu dans son entièreté sur ce disque...
À partir de cette génération - et même la précédente qui était dans une situation similaire, mais dans une moindre mesure - ma migration vers Steam s'est accentuée. J'étais conscient que du jour au lendemain, il était possible que Steam décide de fermer boutique. Je ne savais pas jusqu'à quel point c'était probable, mais cela représentait un risque. Mais il en était de même avec les jeux physiques. Le matériel pouvait cesser de fonctionner à un certain moment, rien n'étant éternel. Alors d'une façon ou d'une autre, je n'avais aucune garantie de pouvoir accéder à mes jeux pour toujours. Pour cette raison, je faisais une consommation hybride de jeux, soit l'achat au format physique pour les consoles et au format virtuel sur ordinateur. En d'autres mots, je ne voulais pas mettre tous mes oeufs dans le même panier.
Mais maintenant, la situation a encore évoluée. Dans la présente génération, soit celle de la PlayStation 5, il y a des éditions de consoles qui n'ont pas de lecteurs de disque. Tous les jeux achetés sont virtuels. Il existe bien entendu des éditions plus onéreuses avec le lecteur de disque, mais on comprend vers où le marché souhaite aller. On veut, à terme, que les consommateurs prennent l'habitude d'acheter virtuel sur les consoles afin qu'un jour, on n'offre que des consoles sans lecteurs. Alors là aussi, je suis réticent...
Sur Steam, quand j'ai à me procurer un nouvel ordinateur à cause d'un bris physique, je peux par la suite retélécharger les jeux que j'ai achetés et y avoir accès. Mais sur consoles, ce n'est pas pareil. Les licences sont par génération et quand on achète, sauf exception, c'est pour une génération en particulier. Si la PlayStation 4 lâche, je peux toujours en acheter une autre... tant qu'il y en a sur le marché. Mais si Sony décide de fermer une de ses boutiques virtuelles, comme lui et Nintendo l'ont fait avec des générations précédentes, je ne peux plus le télécharger. Je pourrais toujours le racheter sur une console de génération plus récente, mais c'est possible seulement si la compagnie daigne donner accès au jeu sur sa nouvelle boutique. En d'autres mots, je suis à la merci du créateur de la console, et encore plus qu'en ce qui concerne Steam. Alors je ne vois pas l'avantage comme consommateur...
Et je ne parle pas du prochain pas qui risque de venir après tout cela, soit le cauchemar du cloud gaming. Les compagnies semblent vouloir, à terme, que les joueurs se connectent en ligne pour jouer à des jeux installés sur d'autres ordinateurs. Ces derniers n'auraient qu'à payer une licence d'utilisation ou un abonnement. On utilise le piratage comme prétexte, mais dans les faits, ce qu'on souhaiterait, c'est d'avoir une clientèle captive. Et cela, je ne veux pas! Du jour au lendemain on décide de retirer un jeu pour des raisons commerciales ou pour une raison de censure? Bien ce dernier n'existe plus et n'a jamais existé! Un jeu cesse d'être accessible pendant que j'y joue, beaucoup plus tardivement que ceux qui achètent au jour 1? Tant pis, je n'ai qu'à jouer à autre chose! Vous ne possèderez rien et vous serez heureux. Ouais, c'est ça...
Alors pour l'intant, je campe sur mes positions. Pour moi, la possibilité de préservation est un enjeu majeur quand j'achète un jeu que je ne sais pas quand je pourrai y jouer. J'ai le choix et j'agis ainsi. Mais pour combien de temps encore? Est-ce qu'un jour, on ne sera que des consommateurs passifs qui auront accès seulement à ce que les autorités commerciales ou étatiques auront décidé, et au moment qu'ils l'auront décidé? Je ne vis pas dans un futur dystopique imaginaire. Je me pose seulement des questions sur l'avenir des jeux vidéos et, d'une façon plus large, de la culture en général. Mais combien de temps pourrais-je avoir encore ce choix? Seul le futur nous le dira...


