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Une innocence retrouvée?

Ce que Mai Otome m'a rappelé.

Depuis quelques semaines, je naviguais de déception en déception. J’avais choisi des séries récentes, histoire de ne pas devenir un vieux con trop attaché au passé. Mais à peine rendu à la moitié d’une maigre saison de douze épisodes, je finissais souvent le reste en avance rapide. J’ai alors décidé de me replonger dans une vieille série, pour me ressourcer, pour me reconnecter à mon moi d’autrefois, celui qui était passionné, curieux, émerveillé par tout ce qu’il découvrait.

J’ai choisi Mai Otome, ce spin-off de la série Mai Hime que ma femme m’avait fait découvrir il y a des années. Ça faisait un bon moment que ça traînait dans mon backlog. Tellement longtemps, en fait, que je ne suis même plus certain de me souvenir de grand-chose de la première série, si ce n’est que les filles finissaient toutes par se battre les unes contre les autres. Ça et la poitrine généreuse du personnage principal, que l’anime n’hésitait pas à mettre en évidence.

Je sais que Mai Otome avait, à l’époque, reçu un accueil pour le moins tiède, presque une douche froide. On y retrouve les personnages de Mai Hime, mais dans un autre monde, un futur lointain. Aucun n’occupe le même rôle, et ils n’ont pas exactement la même personnalité. Du moins, c’est ce que j’ai toujours présumé. J’ai toujours pensé que si les gens n’avaient pas aimé Mai Otome, c’est parce qu’ils adoraient Mai Hime. Un peu comme Final Fantasy VIII, qui vit dans l’ombre de son grand frère Final Fantasy VII.

Pour ma part, je n’ai jamais eu d’attachement particulier à Mai Hime. La seule fois où je l’ai vue, ça remonte à une éternité. Dans ce contexte, je ne pouvais aborder la série Mai Otome qu’avec un regard neuf. Alors, mon verdict diffère-t-il de celui des spectateurs de l’époque, qui l’ont découverte dans la foulée du grand succès de sa grande sœur Mai Hime?

Au début, je l’ai tout de suite aimée. Son style visuel particulier m’a immédiatement charmé, surtout si je le compare aux dessins un peu sans âme que l’on retrouve dans bon nombre de productions récentes. Les combats ne sont pas toujours très fluides, mais on sent que le design, lui, a été conçu avec cœur. Il y a aussi ces jolis personnages placés dans des situations parfois douteuses… mais ça, c’est surtout au début.

Ensuite, l’histoire prend son essor et l’on se retrouve rapidement plongé dans l’intrigue principale. On y suit Arika, une adolescente un peu naïve qui intègre la Garderobe Academy pour retrouver sa mère qu’elle n’a jamais connue et devenir une Otome, une combattante utilisant une technologie spéciale qui lui confère des pouvoirs… mais uniquement si elle est vierge. On retrouve ici, sans grande surprise, l’obsession japonaise pour la « pureté » des jeunes filles, qu’elles soient idoles en chair et en os ou simples personnages de fiction. Et voici l’explication pseudo-scientifique que nous sert la série : pour que les nanomachines injectées aux Otome fonctionnent, il faut absolument éviter tout contact avec des chromosomes Y. La dernière fois que j’ai lu un manuel de biologie, je ne me souviens pas qu’on y expliquait que les rapports intimes injectaient des chromosomes dans le sang… mais bon, je suis peut-être un peu rouillé. Ou alors, ce sont les créateurs de la série qui ne voulaient pas s’assumer jusqu’au bout, et qui ont réussi à rendre leur idée encore plus louche avec cette justification tirée par les cheveux…

Les nombreux personnages issus de la franchise Mai Hime sont graduellement introduits. Certaines qui étaient de simples adolescentes dans la série originale sont désormais des enseignantes ou des Otome confirmées, assignées à la défense de royaumes étrangers. L’écart de puissance entre les vétéranes et les nouvelles recrues est immense au départ, mais comme dans tout récit de type shōnen, on assiste à une montée en puissance progressive des héroïnes. Je dis bien les héroïnes, car Arika n’est pas seule : deux autres jeunes filles occupent également le devant de la scène.

Il y a tout d’abord Nina, une fille sérieuse, renfermée sur elle-même, qui s’entraîne depuis longtemps pour devenir une Otome. Elle développe des sentiments ambigus pour son père adoptif. Eh oui, il y a un petit côté œdipien au récit! Le tout reste relativement mesuré, mais cela peut mettre certaines sensibilités à l’épreuve. Puis vient Mashiro, une princesse arrogante et complètement déconnectée de la réalité de son peuple, destinée à être servie par une Otome. Très tôt dans l’histoire, un événement la force à conclure un pacte avec Arika, alors que les deux jeunes filles sont en danger. Personnellement, c’est mon personnage préféré de la série. On la voit tomber de son piédestal, apprendre à regarder le monde autrement, puis se relever, non plus en princesse capricieuse, mais en jeune femme véritablement digne de régner.

Les personnages sont mis en scène dans un contexte marqué par plusieurs années de paix entre les royaumes, mais où les tensions laissent entrevoir l’aube d’une guerre. Cet aspect reste discret dans la première moitié de l’histoire, alors que les pièces se placent lentement sur l’échiquier, mais il prend le devant de la scène dans la seconde, lorsque tout éclate. On en apprend peu sur les différents royaumes, ce qui donne parfois l’impression que certaines alliances surgissent de nulle part. Cela reste intrigant et crée quelques surprises, même si l’on perçoit par moments une certaine maladresse scénaristique, que ce soit dans l’écriture globale ou dans le traitement de certains personnages, comme Nina, qui, à quelques minutes de la fin du dernier épisode, réalise soudainement qu’elle doit changer. Ça tombe bien, dis donc!

Après l’histoire principale, deux courtes séries d’OVAs complètent l’univers. La première, Zwei, se déroule un an plus tard et introduit un nouvel ennemi : une fille géante capable de pétrifier les Otome. J’avoue ne pas avoir été convaincu par cette intrigue – si tant est qu’on puisse parler d’histoire – que je considère inférieure à tous points de vue à la série télévisée. La seconde, S.ifr, remonte à de nombreuses années avant le récit principal, et met en scène la mère d’Arika ainsi que celle de Nina, à l’époque où elles étaient encore adolescentes. C’est un bel ajout à l’univers de Mai Otome, que j’ai trouvé beaucoup plus intéressant. Dans l’ensemble, ces deux volets sont plus courts et moins développés que la série originale, mais S.ifr se distingue par une conclusion plus ouverte, moins forcée, et somme toute plus satisfaisante. 

Alors, au final, ai-je davantage apprécié cette série que les spectateurs de l’époque ? Probablement, car je n’en attendais pas grand-chose et je venais tout juste d’enchaîner quelques séries franchement médiocres. Mais cette série est-elle bonne ? Je répondrais par l’affirmative. Elle remplit bien sa fonction première : divertir, malgré ses nombreuses failles. On y trouve un mélange de comédie et de scènes d’action correctement animées, surtout pour l’époque. Les personnages sont nombreux, variés, et le cadre général reste intéressant. Mai Otome dépasse légèrement la note de passage. Comparée à certaines séries actuelles du même calibre, je la trouve même meilleure. J’ai regardé une trentaine d’épisodes sans effort, là où une série moderne de douze épisodes peut parfois me sembler interminable. C’est bien la preuve que je l’ai appréciée et que ma série de déceptions évoquée au début a enfin été interrompue. Ce n’est pas une série parfaite, loin de là, mais elle a su rallumer en moi une petite flamme. Celle du plaisir simple de découvrir un univers imparfait mais attachant.

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