Mon exploration de Digimon Tamers, 24 ans plus tard.
Au début des années 2000, j’ai découvert l’univers de Digimon. Plus précisément, j’ai visionné les deux premières saisons à la télévision francophone, Adventure et sa suite directe, Adventure 02. En parallèle, sur les chaînes anglaises, j’ai vu quelques épisodes éparpillés de la série Tamers. Contrairement aux saisons précédentes qui se passaient dans le monde digital, l’action semblait prendre place dans un milieu urbain, ce qui avait éveillé ma curiosité à l’époque. Cela et le côté un peu plus sombre de la série.
Je m’attendais à ce que la troisième saison soit diffusée en français, à la suite des autres, mais ce ne fut jamais le cas. Quand je me suis tourné vers la télévision anglophone, Tamers avait déjà disparu. Alors pendant quelques mois, j’ai regardé en boucle les génériques de Tamers et de la saison suivante, Frontier, dans l’espoir de découvrir un jour ces séries. Éventuellement, je suis passé à autre chose. Jusqu’à ce que ma fille, deux décennies plus tard, développe un intérêt pour les Pokémons, ce qui a ravivé en moi ma passion oubliée. Et quand j’ai su que le scénario de Tamers a été écrit par nul autre que Chiaki J. Konaka, le scénariste principal de Serial Experiments Lain, je me suis dit qu’il était temps de revisiter ce vieux titre.
Le monde réel
L'anime se déroule dans un univers dans lequel Digimon est un jeu de cartes mettant en scène des créatures qui s’affrontent lors de duels. Takato, un garçon de dix ans qui est passionné par ce jeu, se retrouve en possession d’une étrange carte bleue. En la scannant avec son lecteur de cartes, il parvient à faire apparaître Guilmon, un Digimon qu’il a dessiné. Rapidement, il se retrouve impliqué dans des affrontements contre des Digimons hostiles qui apparaissent dans le monde réel.
Dès les premiers épisodes, le ton est donné. On montre Takato terrifié par Guilmon lorsqu’il le rencontre, croyant qu’il va l’attaquer. Cette peur ressurgit à chaque évolution de la créature, l’enfant craignant qu’elle perde le contrôle.
On fait également la connaissance de deux autres protagonistes, Jianliang et Ruki, un garçon et une fille du même âge que Takato, qui ont eux aussi un partenaire Digimon. Le premier refuse que le sien évolue, redoutant une perte de contrôle. La seconde, au contraire, cherche à faire évoluer sa partenaire en éliminant les autres Digimons pour en absorber la force vitale et gagner en puissance. L’ambiance est loin de la camaraderie et du ton bon enfant des deux premières saisons, du moins celle qu’il y avait au début.
Dans la première partie de l’histoire, dans chaque épisode, un Digimon sauvage se matérialise dans le monde réel et sème le chaos. Les enfants doivent alors l’éliminer, tout en gardant leur activité secrète. La structure fait penser à celle de bien d’autres séries où les protagonistes affrontent un monstre de la semaine dont on n’entend plus parler par la suite. En parallèle, on voit peu à peu se tisser une trame narrative de fond.
On découvre une organisation qui connaît l’existence des Digimon et des enfants entrés en contact avec ces derniers. Ses membres surveillent et contrôlent les données circulant sur le réseau à l’aide du programme Hypnos. Le tout semble dirigé par Yamaki, un mystérieux homme jouant nerveusement avec un briquet, qui n’est pas sans rappeler l’homme à la cigarette de la série X-Files. Ses bureaux se trouvent dans une tour surplombant la ville.
Le terme qui est utilisé pour décrire la matérialisation de Digimon est « realize », ce qui implique non seulement le fait de prendre forme dans un corps composé de protéines artificielles instables, proches de celles des humains, mais également de prendre conscience de sa propre existence. L’un des premiers enjeux philosophiques est celui de savoir ce qui définit un être vivant et ce qu’est la nature même de la conscience.
D’ailleurs, chaque enfant a une perspective différente à ce propos. Takato considère Guilmon comme son ami puisqu’il l’a imaginé, dessiné et vu prendre vie. Son attachement émotionnel à son partenaire est très fort. Beaucoup plus tard, le jeune garçon sera confronté à des révélations sur la création de son ami, remettant en question ses croyances et lui faisant prendre conscience de la complexité de la question.
Ruki part de l’autre extrémité. Elle est plutôt froide avec les gens et les Digimon, considérant les uns comme une nuisance et les autres comme de simples données permettant à sa partenaire Renamon de devenir plus forte. Cependant, à force d’être au contact de Renamon, Takato et Jianliang, sa position s’adoucit et elle s’ouvre non seulement aux Digimon, mais aussi aux humains qui l’entourent.
Jianliang a une position mitoyenne. C’est un garçon réfléchi, doté d’un esprit scientifique, sans opinion tranchée sur les Digimon. Il traite son partenaire Terriermon avec soin, par empathie, mais aussi par prudence, conscient du potentiel destructeur de ce dernier. Au fil des événements, c’est à sa vision nuancée que les deux autres enfants se rallient.
Les trois protagonistes n’évoluent pas en vase clos. Il y a une panoplie d’autres personnages — familles, amis et Digimon plus importants — qui viennent nourrir l’intrigue.
Parmi ces derniers il y a le père de Jianliang, qui est l’un de ceux qui ont été à l’origine de la création du monde digital dans les années 80, ainsi que les autres membres de son équipe, les Wild Bunch. Il y a Hirokazu et Kenta, deux amis de Takato passionnés par le jeu de cartes de Digimon, ainsi que Juri, une petite fille dont Takato semble amoureux et dont le rôle devient crucial dans la dernière partie de l’histoire.
Il y a aussi Culumon et Impmon : le premier possède des pouvoirs liés à l’évolution des autres Digimon ; le second a vécu une expérience avec les humains qui lui a laissé une certaine blessure. D’autres personnages viennent encore s’ajouter, dont des enfants, leurs Digimon et un antagoniste principal. Ces personnages ont un rôle à jouer dans l’histoire, que ce soit au moment où ils sont introduits, ou parfois bien plus tard. On voit que le créateur de la série maintient l’équilibre en plaçant certains pions très en avance et en sortant d’autres à la dernière minute pour créer un effet de surprise.
À un certain moment, on introduit de nouveaux Digimon beaucoup plus difficiles à vaincre, les Deva. Chacun d’entre eux a l’apparence d’un animal du zodiaque chinois et est lié à un être nommé « Dieu ». Les combats s’intensifiant, Yamaki et les agents de son organisation interviennent en utilisant Hypnos dans le but de supprimer tous les Digimon, y compris ceux liés aux enfants. Cette méthode, aussi drastique qu’insensible, ne tient pas compte de l’impact sur les enfants. Elle échoue, et les forces d’autodéfense japonaises sont obligées d’intervenir à leur tour.
En parallèle, le secret qui entoure les Digimon des trois enfants s’estompe graduellement. Il y a d’abord les amis de Takato qui découvrent l’existence de Guilmon et jouent avec ce dernier comme avec un camarade. Puis les combats, qui se déroulaient auparavant dans des « zones de réalisation » dissimulées par un brouillard digital, se font de plus en plus au vu et au su de tous, de façon flagrante, endommageant plusieurs bâtiments et infrastructures de la ville au passage. Le monde entier prend alors conscience de l’existence des Digimon, qui leur avait été cachée jusque-là.
Alors que tout s’intensifie, deux événements clés surviennent, chacun porteur de conséquences majeures dans le futur. D’abord, Impmon — ce Digimon sans partenaire, marqué par une mauvaise expérience avec deux très jeunes enfants — affronte un des Deva pour prouver que les Digimon n’ont pas besoin des humains. Il en ressort vaincu, humilié, et presque laissé pour mort. Ensuite, Juri, la petite fille pour laquelle Takato éprouve des sentiments, devient à son tour la partenaire de Leomon, matérialisé dans le monde réel pour la protéger. On découvre alors que ce qu’on prenait pour un simple intérêt de façade dissimulait en réalité son souhait profond de former un lien avec un Digimon.
Le monde digital
Dans la deuxième moitié de l’anime, l’histoire prend une direction radicalement différente. L’un des quelques Deva encore invaincu, celui associé au Singe du zodiaque, parvient à enlever Culumon et le ramène dans le monde digital. S’ensuivent quelques scènes touchantes, où les enfants, sans dire clairement à leurs parents qu’ils iront sauver leur ami Digimon dans l’autre monde, font leurs adieux. Takato, Ruki, Jianliang et Juri participent à l’expédition, de même que Hirokazu et Kenta, même si ces derniers n’ont pas encore de partenaire.
Après ce changement de cap, je n’étais pas certain que j’aimais la direction vers laquelle allait l’histoire. Il y a eu quelques épisodes que j’avais moins apprécié, dont un où Hirokazu et Kenta font la rencontre de deux Digimon qui se battent pour passer le temps pendant une tempête, un grand-père et une grand-mère. On aurait dit qu’un scénariste secondaire avait tenté l’humour, et le résultat a été désastreux. Par la suite heureusement, soit ce scénariste ne s’est jamais réessayé, soit il a été mis à la porte.
Suivant ces quelques épisodes, l’histoire redémarre peu à peu. D’abord, on découvre la première zone du monde digital, un lieu désertique surplombé d’une gigantesque sphère haut dans le ciel – le monde réel – d’où jaillissent des faisceaux lumineux téléportant tout ce qu’ils touchent. Les enfants sont ensuite séparés et explorent divers autres biomes, dont l’un, sous-marin, où l’on peut respirer librement. Ici, la logique est parfois inversée : pour atteindre la zone située au sommet du monde, il faut descendre.
Au fil de leurs aventures, les enfants croisent Ryo, ce joueur de cartes Digimon légendaire que Ruki avait déjà mentionné. Disparu soudainement de la scène après leurs affrontements en tournoi, il vit désormais dans le monde digital aux côtés de son partenaire Cyberdramon. Ici, il veille sur son Digimon, dont l’instinct agressif le pousse à chercher sans cesse de puissants adversaires. Ryo prête parfois main-forte aux autres Tamers, mais repart vite, lui et son compagnon restant foncièrement solitaires.
Par ailleurs, à chaque épreuve, Leomon, figure paternelle et adulte du groupe, intervient pour soutenir et rassurer les enfants, particulièrement Juri, les encourageant à ne pas céder au désespoir. Ses connaissances du monde digital constituent un atout précieux.
Parallèlement, dans le monde réel, l’inquiétude grandit : Shiuchon, la petite sœur de Jianliang, a elle aussi été aspirée dans le monde digital. Yamaki, ancien antagoniste, amorce sa rédemption : il parvient à communiquer avec Takato et réunit les Wild Bunch, les génies à l’origine du monde digital, pour construire une arche capable de ramener les enfants. Il met à profit les ressources de son organisme de surveillance, redonnant de l’espoir aux parents accablés.
C’est alors que Takato et Jianliang, séparés du groupe, découvrent une bibliothèque où réside la conscience de Shibumi, un membre disparu des Wild Bunch. L’homme leur apprend que le monde digital et le monde réel sont étroitement interconnectés, et qu’un déséquilibre dans l’un peut provoquer des perturbations dans l’autre. Pour Shibumi, ce que nous appelons « monde réel » n’est qu’une réalité perçue par nos sens, et à ce titre, il n’est pas fondamentalement différent du monde digital. Il évoque même la possibilité que toute l’humanité soit en train de rêver, et que ce ne sera qu’au moment de son « éveil » que l’évolution pourra véritablement commencer. Cette révélation philosophique rappelle fortement les thématiques du film Matrix.
Également, Shibumi confirme à Takato que, même si Guilmon est né de son imagination, il reste fondamentalement un être constitué de données, ce qui précipite la remise en question de l’enfant. Cette prise de conscience arrive au pire moment, car un affrontement décisif se prépare. En parallèle, un Deva — incapable d’attaquer directement les Tamers sans perdre son pouvoir — offre à Impmon, humilié et laissé pour mort, une évolution puissante : celle de Beelzemon. En échange, il doit éliminer les enfants et leurs partenaires afin qu’ils ne puissent pas récupérer Culumon, la clé de l’évolution des Digimon.
Entre-temps, Shiuchon, arrivée seule dans le monde digital, rencontre Lopmon, un Deva. Au fil du temps, la fillette gagne sa confiance, jusqu’à ce que la créature renonce à son allégeance envers son « Dieu » pour devenir sa partenaire. En parallèle, Hirokazu découvre son partenaire, Guardromon. Ces renforts inattendus ne seront pas de trop dans les affrontements à venir.
Après avoir éliminé et absorbé la force de plusieurs Digimon sauvages, Beelzemon croise enfin la route des enfants, désormais réunis.
Soudainement, tout bascule. Dans le feu de l’action, Beelzemon transperce violemment Leomon, le tuant sous le choc et l’effroi de tous. Le cœur de sa partenaire Juri se brise en mille éclats.
Animé par un sentiment de vengeance, Takato pousse Guilmon à
évoluer contre son gré. Ignorant la volonté de son Digimon et tourmenté par le
doute sur sa nature digitale, il déclenche une transformation catastrophique.
Guilmon devient une créature monstrueuse. La pire crainte de Takato se réalise
: son partenaire, devenu dangereux, menace autant ses ennemis que ses alliés.
Juri, qui connaissait Impmon avant sa transformation en Beelzemon, hurle alors
de toutes ses forces d’arrêter le combat, refusant qu’il y ait d’autres
victimes.
Reprenant le contrôle de lui-même, Takato parvient à se
reconnecter à son partenaire. Même si Guilmon est une créature digitale, il
l’envisage avant tout comme un être vivant et un véritable ami. Prenant
conscience que lui-même est, dans le monde digital, en partie constitué de
données, l’impensable se produit : Takato et son Digimon fusionnent pour donner
naissance à Dukemon. Beelzemon est alors vaincu et, épargné, choisit de battre
en retraite, se retransformant en Impmon au passage.
Mais tout n’est pas encore gagné. L’être que les Deva
qualifient de « Dieu » est le prochain adversaire. Ou plutôt, devrais-je dire
les prochains adversaires, car il ne s’agit pas d’un seul être, mais de quatre
Digimon considérés comme divins – non pas en essence, mais simplement en raison
de leur force immense. Préoccupés par ces menaces immédiates et dépourvus des
outils nécessaires pour affronter tant d’éléments à la fois, les enfants se
retrouvent impuissants, incapables de réconforter Juri, qui se referme de plus
en plus sur elle-même.
Se rendant dans le domaine des dieux, Takato, Jianliang et
Ruki affrontent Suzaku, l’une des quatre Bêtes Sacrées. Malgré la puissance de
leurs Digimon, ils ne lui arrivent pas à la cheville. C’est alors que Seiryuu
intervient, non pas pour attaquer les enfants, mais pour les protéger. Les deux
créatures divines ne sont pas en accord : Suzaku considère les humains comme un
obstacle à supprimer, alors que Seiryuu croit qu’ils pourraient au contraire
jouer un rôle utile. Finalement, elles trouvent un terrain d’entente, d’autant
plus que tous les Deva ont été neutralisés entre temps et qu’un danger bien
plus redoutable plane désormais : le D-Reaper.
Le D-Reaper était à l’origine un programme conçu pour supprimer les données inutiles dans le réseau digital. Avec le temps, il a évolué, s’est étendu, puis a été chassé par les Bêtes Sacrées. Mais relégué dans les profondeurs, il a bâti son propre territoire et continué à se développer. L’enlèvement de Culumon a été orchestré par les bêtes sacrées parce qu’il est la clé de l’évolution et donc un atout essentiel pour espérer contrer cette entité.
Entre-temps, Jianliang et Ruki parviennent eux aussi à fusionner avec leurs Digimon respectifs. Juri, quant à elle, s’enfonce dans le désespoir. La situation ravive le traumatisme de la mort de sa mère, ainsi que ce sentiment d’abandon face à un père qui, au lieu de la soutenir, exige qu’elle tourne la page. Leomon représentait la figure paternelle bienveillante qu’elle n’a jamais eue. Elle est aussi rongée par la culpabilité de ne pas parvenir à aimer la nouvelle compagne de son père, se considérant comme une mauvaise fille. Ce sentiment fait écho à celui de porter la responsabilité d’avoir entraîné Leomon dans un monde qui a fini par le tuer. Pire encore, la petite Juri en vient à croire qu’elle mérite la douleur et la solitude qui l’accablent.
L’affrontement final contre le D-Reaper, dont la puissance croît à vue d’œil, approche. Culumon invoque d’autres Digimon pour aider les enfants, dont l’un deviendra le partenaire de Kenta. Mais le temps joue contre eux : dans le monde réel, Yamaki et les Wild Bunch ont achevé la construction de l’arche. S’ils manquent l’embarquement, nul ne sait quand une nouvelle occasion de rentrer se présentera.
Le retour
Tous se rendent à la gare : les enfants, leurs Digimon, y compris Ryo et son partenaire, ainsi que Culumon. Juri, elle, est la seule à repartir sans son Digimon. À la dernière minute, Ruki décide de partir avec Renamon pour un dernier tour du monde digital. Elle réussit à retrouver Impmon et le ramène in extremis, malgré tout le mal qu’il a causé. Ce geste montre à quel point le côté humain de la jeune fille a évolué. Les enfants regagnent le monde réel, laissant en plan le plus grand affrontement de l’histoire du monde digital.
Dans une scène émouvante, les familles retrouvent leurs enfants et font connaissance de leurs partenaires Digimon. Tous les parents sont là… sauf ceux de Juri. Takato surprend Yamaki et sa collègue en train de lire le message bouleversant du père de la fillette : « Si cette égoïste veut rentrer, elle n’a qu’à revenir toute seule ! »
Ébranlé, il se propose de raccompagner Juri en train, s’excusant auprès de ses propres parents qu’il vient à peine de retrouver. Durant le trajet, il remarque qu’elle ne va pas bien, mais il ne sait pas trop quoi faire. Il finit par lui avouer ses sentiments, mais ce n’est pas le bon moment. Le cœur de Juri s’est totalement refermé. Takato est envahi par une profonde tristesse et un sentiment d’impuissance. À leur arrivée, le père de Juri vient la chercher près de la gare et cela n’améliore en rien la situation. Ce dernier prend brusquement la petite fille au regard vide par le bras, comme s’il s’agissait d’un simple objet.
Épuisé, Takato s’affale sur un siège de la gare, les yeux rivés à l’écran de télévision. C’est là qu’il aperçoit le D-Reaper en plein cœur de Tokyo. L’entité, une énorme masse rouge d’où pendent des câbles et où grouillent des formes semi-organiques, s’étend graduellement, détruisant d’abord les bâtiments, puis effaçant toute trace de vie. Voyant que l’armée ne peut rien face à elle, Takato, Ruki et Jianliang décident de prendre les choses en main, épaulés par les Wild Bunch et accompagnés de leurs Digimon.
Pendant ce temps, Juri est accueillie par la conjointe de son père, qui lui montre plus d’affection que son propre père. Pourtant, la petite fille adopte un comportement de plus en plus étrange : son regard est absent, ses réactions deviennent de plus en plus rares, et elle semble davantage se parler à elle-même qu’échanger avec les autres. Un jour, elle disparaît de chez elle sans laisser la moindre trace. En parallèle, Takato croit l’apercevoir à quelques reprises, mais chaque fois, elle disparaît avant qu’il puisse l’approcher.
Les combats en ville s’intensifient au point que Guilmon, Terriermon et Renamon, même dans leurs formes les plus évoluées, semblent dépassés. Ils ne peuvent pas fusionner avec les enfants pour atteindre leur dernière évolution, car ceux-ci ne sont pas des données dans le monde réel… Mais est-ce vraiment le cas ? C’est alors qu’une mystérieuse jeune fille, Alice, dont le père appartient aux Wild Bunch, fait son apparition. Accompagnée de son Digimon Dobermon, elle leur confère un pouvoir unique, offert par les quatre Bêtes Sacrées : celui de fusionner avec leur partenaire, même dans le monde réel.
En combattant de nouveau le D-Reaper, Takato et Guilmon atteignent le cœur de la créature. Ils y rencontrent celle qu’ils croient être Juri, mais découvrent qu’il s’agit en réalité d’une incarnation du D-Reaper, qui a copié l’esprit de la jeune fille avant de fusionner avec elle. Alors que Juri se trouvait dans le monde digital, l’entité a profité du fait que le cœur de son programme – qui consiste à tout effacer – était en parfaite adéquation avec le sentiment que la jeune fille éprouvait à ce moment là : l’envie que tout disparaisse, y compris elle-même. C’est ainsi que le D-Reaper a pu s’infiltrer dans le monde réel, tout en continuant à évoluer.
Tandis que les enfants en ont plein les bras, Impmon rencontre ses anciens partenaires. À l’époque, ils se chamaillaient pour l’avoir, jaloux l’un de l’autre, sans se rendre compte qu’ils lui faisaient mal en tirant chacun de leur côté. Depuis, ils ont gagné en maturité, appris à partager et, surtout, regrettent leurs gestes. Soulagé et pour la première fois depuis longtemps heureux, Impmon reprend sa forme de Beelzemon. Il tient à faire comme ses partenaires, c’est-à-dire tenter de réparer la plus grave erreur qu’il a commise.
En compagnie de Culumon, il rejoint l’endroit où la véritable Juri est enfermée, dans une cellule faisant partie du D-Reaper. Rassemblant ses dernières forces, il ouvre une brèche juste assez longtemps pour que Culumon puisse s’y glisser. Cette intervention permet ensuite à Takato d’ébranler la barrière mentale dressée par le D-Reaper, rendant son réveil possible. Pendant ce temps, le père de Juri, accablé de regrets, cesse de la voir comme un souvenir douloureux de son ancienne vie et l’accepte enfin pour elle-même. Bravant le danger, il se rend sur le lieu du combat et lui dit qu’il est là, qu’il l’aime et qu’il veut qu’elle rentre à la maison. En exprimant ces mots, il amorce son propre deuil et aide sa fille à faire le sien. Touchée, Juri se remet à pleurer et renoue avec ses émotions.
Takato profite de la situation pour atteindre Juri. Mais ce n’est pas chose facile : le D- Reaper occupe l’espace d’un quartier entier à Tokyo, ainsi que d’autres lieux dans le monde. Au cours de l’affrontement final aux multiples péripéties, chacun joue un rôle essentiel, que ce soient les nombreux enfants accompagnés de leurs Digimon, ou Yamaki et les Wild Bunch, intervenant en soutien. Grâce à cette précieuse aide, Takato parvient à sauver Juri et les autres, et à neutraliser ce qui reste du D-Reaper.
Mais pour vaincre l’entité, il a fallu recourir à une arme non conventionnelle, capable d’inverser sa progression quantique, autrement dit de la ramener à son état d’origine. Dans ce processus, tous les Digimon sont également affectés : ils retournent à leur forme initiale et doivent regagner le monde digital qui sera par la suite scellé, laissant derrière eux, en larmes, les enfants avec qui ils ont partagé tant d’aventures. Pourront-ils les revoir un jour?
Mot de la fin
Malgré les concepts philosophiques et les éléments tragiques qu'il présente, Digimon Tamers reste foncièrement un anime destiné aux enfants. Le créateur a décidé de faire confiance à l’intelligence de son public cible, tout en respectant ses limites. On se retrouve donc avec un œuvre qui peut avoir plusieurs niveaux de lecture et qui peut plaire autant aux enfants qu’aux adultes, grâce à son équilibre entre richesse et accessibilité.
Les épisodes ne sont jamais trop lourds, car ils contiennent toujours une dose d’action et de progression scénaristique, relevée d’un soupçon de drame et de philosophie. Tout est pensé pour rester assimilable pour un enfant, autant mentalement qu’émotionnellement. Je n’avais pas l’impression d’être constamment sur la corde raide, ni au contraire pris dans une monotonie répétitive. Le rythme trouvait toujours sa juste mesure.
S’il y a un élément sur lequel j’ai un avis mitigé, c’est sur l’animation. D’un côté, voir les enfants glisser leurs cartes dans un lecteur pour offrir un boost à leurs partenaires c’est cool, mais les combats en eux-mêmes reflètent les standards de l’époque. Les attaques sont statiques, chorégraphiées, comme si nous étions presque dans un jeu tour par tour, plutôt qu’un affrontement fluide. La 3D, lors de certaines évolutions, laisse à désirer. Malgré tout, ces moments conservent leur charme, entre autres parce qu’il y a des musiques entraînantes de type Super Sentai qui parsèment les affrontements, le tout donnant une identité propre à la série.
Un autre aspect que j’ai trouvé intéressant, ce sont les relations entre les enfants et leur partenaire Digimon. J’insiste ici sur le mot « partenaire », car contrairement à des séries comme Pokémon, la relation se fait avec une seule créature et elle est d’égal à égal. Chaque Digimon est capable de parler, d’interagir socialement et même de désobéir s’il le désire. Ils possèdent une maturité proche de celle d’un humain. J’ai particulièrement aimé Impmon, ce Digimon qui, après avoir été maltraité par ses partenaires humains, choisit de les abandonner. Il s’agit d’un antagoniste marquant, dont le parcours passe par la solitude, la quête de toute-puissance, la chute, puis enfin la rédemption.
En ce qui concerne les enfants, je les ai appréciés également. J’aime beaucoup Takato, qui vit une perte de son innocence en découvrant la réalité qui l’entoure, mais qui parvient toujours à se relever, faisant preuve d’une maturité grandissante. Il est très inspirant. Jianliang, quant à lui, est un cas intéressant. Issu d’une famille nombreuse, il prend soin de sa petite sœur et affiche déjà une certaine maturité dès le début, avec en plus un tempérament doux et un esprit rationnel. Il est le contrepoids d’un Takato émotif, ce qui fait de lui un personnage essentiel à l’équilibre du groupe.
Mais celle qui a été une surprise pour moi, c’est Ruki. Habituellement dans ce type de série, les personnages fille avaient des rôles secondaires, davantage en retrait. Ici, on a une fille rebelle et obstinée qui s’exprime avec ironie, qui vit une crise d’adolescence avant son temps. Son obstination et sa fierté, parfois agaçantes, sont aussi ce qui la rend admirable. Elle est forte et indépendante, et même si sa situation familiale n’est pas idéale – elle vit avec sa mère avec qui elle ne connecte pas beaucoup ainsi que sa grand-mère, son père divorcé ayant abandonné la famille – elle ne se laisse pas définir par sa situation. Avec le temps, son tempérament s’adoucit et elle développe de la compassion, sans jamais perdre sa force. C’est une héroïne à la fois admirable et touchante.
En définitive, j’ai adoré cette série. Entre personnages mémorables, moments forts, touches philosophiques et scènes d’action palpitantes malgré leurs imperfections, Digimon Tamers a su résonner profondément avec moi.














