Ma critique du roman La reine de l’hiver écrit par Émilie Ricard.
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| Dessin par Louise Janin-Lopez. |
Il y a quelque temps, j’ai eu la chance de lire le premier tome de la saga Le porteur de mondes. J’ai accompagné l’autrice dans son aventure en tant que bêta-lecteur, du tout début jusqu’à la sortie officielle, au printemps dernier. Ce fut une expérience marquante.
L’été suivant, j’ai rédigé une critique que je partage
aujourd’hui, pour celles et ceux qui s’intéressent à la fantasy. J’ajoute
d’emblée que je connais l’autrice et que nous partageons une passion
commune pour le médiéval fantastique, les jeux Final Fantasy et Tales
of, les romans The Witcher, Donjons et Dragons… Des univers
qui nourrissent son imaginaire et dont on retrouve l’influence dans son récit
épique.
J’ai trouvé ce premier tome excellent, et la suite s’annonce
particulièrement prometteuse.
Histoire
J’ai particulièrement apprécié l’univers riche et
soigneusement construit, que l’on apprend à connaître au fil des événements et
des dialogues. L’histoire se passe sur Pélagos, un monde en déclin composé de
plusieurs royaumes insulaires, chacun sous la protection d’un dieu. Parallèlement,
il y a quelques scènes qui se déroulent dans un autre plan, où réside un
gigantesque arbre de vie sur lequel repose l’entièreté de Pélagos.
L’intrigue commence dans ce qu’il reste du royaume submergé
de Pacifica, mais assez rapidement, on se retrouve projeté en Loslaury, le
royaume elfique. En ces lieux, les elfes clairs sont en conflit avec les elfes
sombres depuis plusieurs centaines d’années, les derniers tirant leur pouvoir
d'une magie jugée taboue par les premiers. On découvre le royaume par le prisme
des habitants d’un village où la population est homogène. Progressivement, on
se déplace vers des zones davantage cosmopolites, ce qui permet d’élargir et de
nuancer notre vision du royaume.
Personnages
L’histoire met en scène Maksar, le prince héritier de
Pacifica. Il porte en lui la graine de l’arbre de la vie, et l’espoir
d’inverser le déclin de Pélagos. Au début du récit, son père Leif tente de le
faire assassiner pour restaurer les terres de Pacifica, mais sa mère Kassili
embauche une mercenaire pour lui sauver la vie et l’amener loin.
Au fil des révélations à propos de sa personne et de ce qui
se passe dans son royaume natal en son absence, Maksar subira plusieurs
blessures émotionnelles. Ce qui le mettra à risque de perdre le contrôle de son
pouvoir naissant. J’ai beaucoup apprécié le développement de ce personnage, qui
a parfois des doutes et des échecs, mais qui progresse toujours. Malgré ce
chemin sinueux, il parvient à atteindre la maturité à la fin du premier tome. Ce
type de développement le rend plus humain et crédible à mes yeux.
Celle qui accompagne et forme le prince est Éléonore, la
mercenaire engagée par la reine Kassili pour protéger le prince et
perfectionner son art de l’épée. C’est une jeune femme forte qui accomplit toujours
ses missions, par devoir et également parce que ses serments ne peuvent pas
être révoqués sous peine de mourir. Graduellement, on apprend que son intérêt
pour le prince va au-delà du fait qu’elle a été engagée pour le protéger. Ayant
vécu elle aussi des deuils importants dans son passé, elle s’identifie en
quelque sorte au jeune homme.
Elle manie habilement sa hallebarde et ses couteaux. Bien
qu’elle est l’une des meilleures dans son domaine, elle n’est pas sans failles.
Elle rate certains coups, jure et se relève, n’ayant pas le choix parfois de
compter sur les autres. Je l’ai beaucoup aimée, notamment parce que,
contrairement à d’autres personnages féminins puissants récents, elle n’est ni
parfaite ni sans défauts, bien loin d’une Marie Sue.
À l’arrivée en Loslaury, Maksar et Éléonore rencontrent
Mira, une jeune elfe claire. Il s’agit de la dernière-née de son peuple, celui-ci
ayant un très bas taux de fécondité, à cause de l’épuisement du mana dont il dépend.
C’est une elfe vive et spontanée au tempérament parfois très explosif, tout le
contraire des autres de son peuple, des êtres calculateurs et parfois
manipulateurs qui font preuve de retenue en public. Ses deux parents l’ont
élevée dans leurs traditions, mais avec un certain amour malgré tout.
Cependant, jamais ils n’ont été en mesure de la faire cadrer dans le moule dans
lequel on enferme tous les elfes clairs.
Elle rêve de quitter ses terres, ne se sentant pas bien
parmi les siens. Elle est heureuse de rencontrer Maksar et se montre
immédiatement intéressée à lui montrer l’art de la magie quand elle apprend qui
il est. J’apprécie Mira, car c’est elle la première qui prend soin du prince
alors qu’il est encore secoué. Elle est plus douée qu’Éléonore sur le court
terme pour connecter avec ce dernier, mais dans la deuxième partie de
l’histoire, des événements lui arrivent et elle se retrouve avec ses propres
problèmes. Vers la fin du premier volume, on ressent qu’elle a encore quelque
chose à régler. Cela laisse peut-être présager que son arc personnel prendra
plus d’importance dans le tome suivant.
D’autres personnages prennent aussi une place importante au
fil du récit. Il y a tout d’abord Amaryllis, l’une des sœurs de Maksar que l’on
voit dès le prologue. Il s’agit d’une adolescente froide et détachée.
Lorsqu’elle était jeune, ses parents l’ont séparée du reste de sa famille alors
que les capacités magiques de la petite fille se développaient de façon
incontrôlée. Ils l’ont envoyée vivre au temple avec les prêtres car ils craignaient
que son pouvoir éveille celui de Maksar. C’est ainsi qu’elle développe une
rancœur non seulement envers ses parents, mais aussi envers le prince héritier
pour lequel elle a des sentiments contradictoires. J’ai aimé le développement
de ce personnage et les surprises qu’elle apporte au récit. J’ai hâte de voir
davantage de scènes avec elle dans les prochains tomes.
Il y a également Kassili, la mère de Maksar, que l’on suit
alors que le prince s’est enfui dans le royaume des elfes. La reine, maintenant
soupçonnée d’être une traîtresse à la nation, devra faire preuve de courage et
de persévérance pour tenter à sa façon de trouver l’information lui permettant
de déjouer la prophétie qui condamne son fils à la mort. Elle fait face à son
mari Leif, pour lequel elle a un fort ressentiment car ce dernier a voulu faire
tuer le prince héritier pour restaurer Pacifica. J’aime le personnage de
Kassili, une femme qui traverse plusieurs épreuves grâce à sa force de
caractère et à l’amour qu’elle ressent pour ses enfants. Vivre le récit à
travers ses yeux apporte un point de vue intéressant sur ce qui se passe à
Pacifica en l’absence du prince, et dans bien d’autres lieux que le lecteur
découvrira au fil des pages.
Enfin, plusieurs autres figures jouent un rôle clé dans l’histoire. J’ai mentionné Leif, le père de Maksar, mais à Pacifica il y a aussi Larse, le grand prêtre qui a pratiquement élevé Amaryllis, ainsi que sa compagne de vie Asa, qui a le poste d’oracle du royaume et celui d’invocatrice du dieu Aegis. Du côté de la Loslaury, on retrouve également une oracle, comme dans presque chaque royaume – car qui peut se passer de la lecture de l’avenir, même si celle-ci est imprécise? – il s’agit de Faeren. On y rencontre aussi les membres du grand conseil, ceux qui tirent les ficelles bien que, officiellement, la reine détienne tous les pouvoirs. De plus, chez les sombres, Ion, un elfe à l’importance grandissante, apporte sa part aux événements. De plus, n’oublions pas Lutz, ce nain sympathique qui vient donner un coup de main au cours des péripéties de Maksar. Chacun de ces personnages vient parsemer le récit et contribuer à le rendre encore plus vivant.
Écriture
Le récit trouve un juste équilibre dans le niveau des
descriptions : malgré ses plus de 600 pages, il ne donne jamais l’impression de
s’étirer. Les dialogues, nombreux et riches, sont un moyen efficace pour
approfondir la connaissance du monde.
Les changements de perspective, parfois même au sein d’un
même chapitre, sont gérés avec fluidité. Ce choix narratif offre une immersion
plus intime et une empathie renforcée envers les personnages. Ainsi, le lecteur
s’identifie aisément aux protagonistes, rendant leur parcours plus vivant et
touchant.
Conclusion
Ce roman jette les fondations solides d'une saga en quatre
volumes, et suscite un vif désir de découvrir la suite. Les personnages sont
très bien écrits et le world building est étoffé. Une excellente œuvre à se
mettre sous la dent pour les amateurs de fantasy. Lorsqu’on termine le volume,
le premier acte narratif s’achève pleinement, ce qui donne une parfaite
satisfaction, de même qu’une envie de continuer alors que le
deuxième arc se profile à l’horizon.
Croyez-moi, cette saga vaut vraiment la peine qu’on s’y plonge. Et la suite… je vous le garantis : le deuxième volume surpasse le premier ! Mais pour l’instant, je dois m’arrêter là, car il n’est pas encore publié.
